G7 : week-end houleux chez les Européens

Le G7, qui s’est clos ce lundi à Biarritz, a réuni pour sa 45e édition quatre pays de l’Union Européenne, en plus du Canada, des Etats-Unis et du Japon. Accompagnés du Président du Conseil Européen Donald Tusk, les Européens, surpassant pourtant en nombre leurs interlocuteurs, sont toutefois apparus impuissants et désunis face aux crises agitant les relations entre les sept.

La réunion des sept chefs d’Etats pourrait bien fragiliser la place des puissances du vieux continent à l’international. Si l’agenda du sommet était élaboré depuis le début de l’année avec un calendrier minuté – l’économie, la croissance et la sécurité y ont été discutées, avec des accents mis sur la lutte contre les inégalités et le climat – certains enjeux sensibles (guerre commerciale sino-américaine, crise Iranienne) font de ce G7 un atelier de réparation des pots cassés par le Président américain. Par ailleurs, la question environnementale soulevée par les marches pour le climat et les incendies en Amazonie a pris l’ascendant sur les autres sujets, avec des implications politiques cruciales : les Européens ont semblé subir cet agenda plus qu’ils ne l’ont construit.

Amazonie : désastre écologique et politique

Alors que les incendies dans la forêt amazonienne indignent depuis plusieurs semaines, le silence des dirigeants du G7 a été largement critiqué. Premier à s’exprimer – tardivement – à ce sujet, Emmanuel Macron a vilipendé le Président brésilien qu’il a accusé d’avoir « menti » sur ses engagements pour la forêt. Rapidement soutenu par ses homologues canadien et allemand, le Président français a suspendu son soutien à l’accord commercial entre l’Union Européenne et le MERCOSUR, signé le 28 juin dernier. Si ce pas en arrière unilatéral sur le terrain du libre-échange ne déplaît pas aux plus protectionnistes du sommet, il a pris l’Union de court : Donald Tusk s’est contenté d’un constat prudent sur Twitter, conscient des désaccords qu’une telle prise de position créerait au sein des 28.

Les discussions sur l’Amazonie n’ayant depuis inclus ni les 24 Etats européens non-membres du G7, ni les pays du MERCOSUR (le Chili, seul pays sudaméricain invité, n’y est qu’observateur), ont ainsi débouché sans surprise sur des déclarations d’intentions dont la concrétisation sera rapidement mise en difficulté par les parties exclues.

Un week-end sous tension(s)

S’ajoute à la question Amazonienne un contexte compliqué pour les Etats européens. Placés en porte-à-faux sur la question iranienne depuis plusieurs mois, les homologues européens du Président Macron n’ont pas été avertis de l’invitation surprise du chef de la diplomatie iranienne, ce qui a porté un nouveau coup à l’unité de la politique étrangère de l’Union.

En interne, la démission récente du gouvernement Conte a placé l’Italie en position de retrait : même si le départ de Giuseppe Conte de la Présidence du Conseil n’est pas encore acté, l’incertitude demeure quant à la couleur politique du prochain gouvernement. De plus, la question brûlante du Brexit, source de désaccords entre la France et l’Allemagne – le Président français se montrant moins souple qu’Angela Merkel sur la négociation d’un nouvel accord – est responsable d’un éloignement du Royaume-Uni des positions européennes. Après avoir annoncé que le pays ne siègerait plus à bon nombre de négociations de l’Union, Boris Johnson a montré à plusieurs reprises sa volonté de s’aligner sur la politique américaine.

Le contexte international participe également à affaiblir la voix européenne à Biarritz. La guerre des tarifs douaniers pénalise durement l’industrie allemande, inquiétant les économies voisines.  La légitimité du sommet pâtit aussi d’une contestation de la société civile, et des puissances n’y étant pas invitées (le Brésil, la Chine, et la Russie, dont la réintégration n’est pas à l’ordre du jour).  

Si le Président français s’est très vite approprié les règles du jeu diplomatique du G7, il offre un parfait exemple de ce qu’incarne ce sommet : une arène où les positions nationales s’exacerbent, et où une communion des Etats européens semble inconcevable sans une diplomatie unique pour l’Union.